Coke en stock

Histoire

L'incrédulité du capitaine Haddock n'y changera rien. Le trafic d'êtres humains, cela existait encore au vingtième siècle. Au vingt-et-unième aussi, hélas. Coke en stock met en lumière les pratiques scandaleuses des esclavagistes des temps modernes. Comme pour bien d'autres questions graves, Hergé fut sensible à cette dramatique actualité et la transposa dans une fiction pleine de rebondissements.

La fin déjà

Dans la littérature classique, un récit qui commence par la fin, ce n'est pas courant ; dans une bande dessinée classique, une histoire qui débute par le mot FIN, ce n'est pas habituel non plus. C'est pourtant de cette manière qu'Hergé entame l'épisode de Coke en stock.

Une histoire de couverture

Le lecteur devient ici une sorte de voyeur, spectateur privilégié d'une scène aux accents dramatiques, auquel le dessinateur nous convie. La mouvance des eaux vertes et blanches contraste fortement avec le statisme de cette grande surface noire qui constitue le fond de l'illustration.

Les lettres blanches du titre accentuent encore cette dramatisation suggérée par l'auteur. Une couverture d'album qui ne passe pas inaperçue, une réussite dans le genre.

Au cœur de l'action

L'illustration de la page de titre est judicieuse, elle nous plonge instantanément au coeur de l'action, et le lecteur l'aura compris, une action aux accents dramatiques. Le décodage est simple : le cargo Ramona est la cible. Jumelles et périscope vont nous en faire voir de toutes les couleurs, le combat naval n'est pas loin, les torpilles non plus. Ce cadrage très particulier, avant-plan noir et découpes en cercles, ne nous annonce rien de bon.

Déjà la couverture de l'album en disait long sur la gravité de certaines situations. Fort heureusement, comme toujours avec Tintin, tout finira bien ...

Le Général Alcazar

En sortant d'un cinéma en compagnie de Tintin, le capitaine Haddock bouscule une vieille connaissance, le général Alcazar. Le choc lui fait perdre son portefeuille. Dans ce dernier, des photographies d'avions de chasse ...

Désireux de restituer le tout à son propriétaire, nos amis constatent qu'il a menti sur son lieu de résidence. Ils apprennent également qu'il voyage pour acheter des avions pour renverser son rival, le général Tapioca. Cette rencontre inopinée à l'angle de l'avenue de la Toison d'Or (Bruxelles), vaut aux lecteurs l'unique croquis, d'assez bonne facture, jamais réalisé par Tintin.

Record de recyclage

Coke en stock détient un record : celui de l'album qui reprend le plus grand nombre de personnages secondaires apparus dans des aventures précédentes : le général Alcazar (et son rival), Abdallah, Mohammed Ben Kalish Ezab (et son rival), le docteur Müller, Oliveira da Figueira, Rastapopoulos Séraphin Lampion et la Castafiore, Allan Thompson, Nestor, Dawson...

Qui dit mieux ?

Le petit nouveau - Piotr Szut

Pilote estonien, mercenaire au bandeau sur l'oeil, le gail »lard n'a rien d'antipathique. Hergé le fera d'ailleurs réapparaître dans Vol 714 pour Sydney. Il suscitera chez le capitaine Haddock la création d'une nouvelle " insulte " : Espèce de mitrailleur à bavette !

Petit cachottier

Dans un café situé non loin du supposé hôtel d'Alcazar, Tintin commande deux eaux minérales. Les médecins vous le diront, il est conseillé d'en boire, car ses sels contiennent des éléments bénéfiques pour la santé. Mais le capitaine Haddock désirait manifestement un autre type de boisson et comme il n'a pas eu voix au chapitre, il se rattrape en l'absence de Tintin, parti donner un coup de téléphone.

Si ce dernier est aussi attentif que le lecteur, il aura remarqué qu'à son retour, un verre supplémentaire est venu s'ajouter aux deux autres. Il ne semble pas contenir de l'eau...

Une pierre providentielle

Le guépard a beau être ultrarapide à la course, féroce et d'une incroyable souplesse, il ne fait pas... le poids face à une grosse pierre projetée violemment sur son crâne. Mais pour l'imposant félin, pas de doute, c'est Milou le plus fort.

Incapable de dissocier le rôle de l'un et de l'autre, il attribue ce très douloureux incident à l'action du fox-terrier. S'il savait ! Mais c'est trop tard, l'animal est intimement convaincu de la suprématie du brave toutou !

Au-dessus - en-dessus

Lorsqu' Allan pose la fameuse question au capitaine Haddock, à savoir de dormir avec la barbe au-dessus ou en-dessous des couvertures, il est tout à fait conscient du trouble qu'il va provoquer chez son interlocuteur.

Sous la brute épaisse se cache finalement un fin psychologue, capable de déstabiliser son adversaire avec de simples paroles, mais quelles paroles !

Interrogations en cascade

Un requin qui avale une mine, cela ne passe pas inaperçu. D'autant plus quand elle explose. Un phylactère rouge vif en témoigne, le bruit semble assourdissant, et la bulle occupe dès lors presque toute la surface disponible dans la partie supérieure de la case. Autour d'elle, un éventail de points d'interrogation.

On devine leur origine : un hydravion de la US Navy, le croiseur Los Angeles, le cargo Ramona et le sous-marin du marquis di Gorgonzola, alias Roberto Rastapopoulos. Pratiquement les quatre points cardinaux en signes de ponctuation, il fallait le faire. Hergé l'a fait !

Docteur Bombard

Dans les années cinquante, de nombreux quotidiens et magazines consacraient de longs articles aux prouesses et aux découvertes de scientifiques et d'explorateurs en mission dans toutes les parties du monde. A l'instar des Paul-Émile Victor, Jacques-Yves Cousteau, Haroun Tazieff, le nom du docteur Alain Bombard retint l'attention d'Hergé. Le scientifique et l'artiste sympathisèrent et échangèrent des courriers. Au final, Alain Bombard eut droit à la page 36 de Coke en stock à une case au format étonnant, qui se référait directement à son fameux régime de survie.

Vos contributions (34) Contribuer
digorgozolasamedi 12 août 2017 à 15:50
Le capitaine aurais pu s'endormir si il avait bu. Mais Hergé a pensé à tout pour sauver nos deux amis.
jacqueshervevendredi 11 août 2017 à 17:32
Avec le coup de la barbe au dessus ou dessous, Allan aura indirectement agi en faveur du capitaine Haddock. En effet, cela aura permis au capitaine de mal dormir et d'entendre le bruit à bord tout en étant enfermé avec Tintin et d'agir à temps pour lutter contre un incendie criminel.
digorgozolasamedi 10 juin 2017 à 19:14
Et vous? La barbe ? Au dessus ou en dessous de
la couette?
Tel est la question...
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jacqueshervemercredi 14 septembre 2016 à 14:45
La dernière vignette est géniale avec les voitures dont une qui détruit une rampe de l'escalier du château. Concernant le bonnet porté par Milou par la faute d'Abdallah il fait réfèrence au Temple du Soleil. Ne s'agirait il pas du bonnet de Zorrino ?
nicnolsamedi 23 juillet 2016 à 19:52
"Qui commence par où les romans finissent" (1er chapitre de "Le parfum de la Dame en noir" de Gaston Leroux) ... GÉNIALE cette manière d'introduire "Coke en Stock", un des MEILLEURS albums de Tintin, avec le mot "FIN" !!! Et combien Hergé a eu MILLE FOIS raison de supprimer les quatre cases originelles et un nouveau "numéro" de ce casse-pieds de Lampion, y allant d'une énième "histoire" de l'oncle Anatole d'un goût plus que douteux et que Nestor laisse "s'écouler", préférant une lecture à l'EXTRÊME OPPOSE de ces âneries : "Les Pensées" de Pascal !!!
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nicnolsamedi 9 juillet 2016 à 12:20
Comme déjà, dans "L’Affaire Tournesol", Hergé, amateur de voitures rapides, leur accorde une place de choix dans "Coke en Stock" … Tout particulièrement à l’occasion de ce rallye burlesque organisé par ce MAÎTRE casse-pieds de Séraphin Lampion, Président du "Volant Club" de son patelin, prétendument pour distraire ce "vieux flibustier" de Haddock et dont "la dernière épreuve … se déroule chez toi !" (CES, 62-II-2 et 3 et III) !!! C’est le même genre d’intrusion que celle de sa "petite famille" dans "L’Affaire Tournesol" et que chasse la prétendue "scarlatine" du capitaine (AT, 61-IV-2 – 62-IV-3) !!!
Impossible d’identifier toutes les voitures encombrant le parc du château de Moulinsart, en 62-III. Efforçons-nous y, cependant, et citons … « en vrac » de l’en haut à gauche à l’en haut à droite, en une demi courbe en forme d'arche inversée :

1° MG A 1956 – voiture n° 1 ;
2° Porsche 356 A 1956 – voiture n° 8 ;
3° BMW 502 – 1958 – voiture n° 16 ;
4° Cadillac Eldorado Brougham 1957 – voiture n° 17 (celle qui défonce l’escalier d’accès au château … on peut imaginer Haddock, déjà "en pétard" - c’est le cas de le dire ! - contre le dernier mauvais "coup" - à distance - d’Abdallah et qu’énerve prodigieusement Lampion, écumer littéralement de fureur !!!) ;
5° Alfa Romea Giulietta Berline 1955 – voiture n° 2 ;
6° Messerschmitt Kabinenroller 1953 – numéro invisible ;
7° Mercedes 190 SL – voiture n° 11 (son conducteur fait la sieste) ;
8° Peugeot 403 – voiture n° 3 ;
9° Jaguar Mk I 1956 – voiture rouge au numéro invisible : coin à l’extrême gauche près des deux chiens et la grosse « mémé » en fourrure ;
10° DKW 3=6 1960 – voiture n° 9 ;
11° Plymouth Belvedere 1957 – voiture n° 7 ;
12° Opel Rekord 1955 – voiture n° 10 (la voiture bleue dont le conducteur ouvre la porte) ;
13° Citroën DS 19 1958 – voiture au numéro illisible entre les voitures n° 10 et n° 24 ;
14° Volvo PV 1957 – voiture n° 24 ;
15° Izetta Velam surnommée « pot de yaourt » - voiture n° 4 ;
16° Triumph TR 3a 1957 – voiture n° 36 ;
17° n’oublions SURTOUT PAS (je la réservais pour la fin !) la Citroën 2CV des Dupondt (la bonne vieille « Deuche ») – voiture n° 5 … et qui semble avoir des ennuis mécaniques … ;
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mcenroe37jeudi 7 juillet 2016 à 17:19
@nicnol : au contraire, au contraire, c'est très intéressant. Je disais cela un peu malicieusement... sans me départir du sentiment qu'il y a bien un moment où ce "débat" sur le plongeur doit s'arrêter :-)
Pour les "coupeurs de cheveux en quatre", ce n'est pas un reproche, mais une constatation. Bravo en tout cas pour la qualité de vos interventions ;-)
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nicnoljeudi 7 juillet 2016 à 16:25
Un regret dans "Coke en Stock" ... Que le capitaine qui, en marin "en ayant vu d'autres", essayant de calmer le passager anonyme (qui, importunant le pilote, compromet la maîtrise de la crise dans le DC3), et se ramassant "pour sa peine" un colossal crochet du droit - Tintin riposte aussitôt de la même manière foudroyante ... en étant toutefois par trop "poli" - "Avec toute mes excuses, mais ..." - (CES, 18-II-3 et III-1) -, n'ait pas pu par la suite régler de justes comptes en lui cassant sa SALE GUEULE ... On les voit, se jaugeant du regard en CES, 19-II-2, l'adversaire du capitaine paraissant cependant se payer sa tête !!!

Déjà précédemment, le pauvre capitaine avait été "sonné pour le compte", dans le laboratoire de Tournesol, par l'espion bordure (manifestement, Boris, le domestique du professeur Topolino, fumant des cigarettes de la même marque que celles que l'espion perd dans sa fuite) qui, ayant ouvert violemment la porte à la figure de Tintin, achève sa "performance" aux dépens du pauvre Milou qui lui bondissait courageusement dessus (AT, 14-IV-4 - 15-I-2 et II-1) !!! Comme indices de sa présence : à part ce paquet de cigarettes (qui permet son identification) et une clé de contact, le fait que ... "le zèbre a un gauche du tonnerre de Brest" (AT, 15-IV-1) !!! Cette fois-là, pourtant, Haddock aura eu sa revanche, devant l'ambassade bordure en Suisse, à Rolle (AT, 30-III-2b) ...
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nicnoljeudi 7 juillet 2016 à 15:04
@macenroe37 : "de sacrés coupeurs de cheveux en quatre sur ce forum" ... Pourquoi ... ? On n'a donc pas le Droit de se poser des questions sur ce forum ... ?

"Fin du débat" ... ? Serait-ce vous qui vous en octroieriez le "droit" d'en sonner la "fin" ... ?

Si vous aviez pris la peine d'analyser les termes de mon intervention du 25 juin 2015 (évidemment, ainsi que cela me l'a été souvent reproché, ... c'est "trop long" ... c'est "difficile" et "fatigant" à lire !), vous sauriez que je laisse la question pleinement ouverte à tout ... "débat" !!!
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mcenroe37jeudi 26 mai 2016 à 18:23
Ah, je vois qu'il y a de sacrés coupeurs de cheveux en quatre sur ce forum... :-))
Le plongeur et le malade dans le sous-marin sont-ils la même personne ? Bah oui, évidemment. Vous avez remarqué son pansement sur la tête, quand même ?
Pourquoi son patron attend-il l'explosion du Ramona alors que la mine n'a pas été déposée là où elle devait l'être ? Je ne sais pas, ça me paraît évident. Le plongeur s'est pris une ancre sur la carafe tout de même ! On peut imaginer qu'il a été pour le moins sonné et incapable de sortir deux phrases cohérentes quand il est remonté à bord.
Fin du débat.
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nicnolvendredi 8 janvier 2016 à 17:12
"Bien compris ? ... S'il est dedans, tu places cette mallette dans la soute aux bagages" (CES, 15-II-2a et b) ... "S’il est dedans" ... QUI, sinon Tintin – ...
"Et voilà ! ... Dans une heure, ils survoleront le Djebel Kadheïh ... Et alors ..." (CES, 16-II-1) ... "Ils" ... car les deux interlocuteurs/conspirateurs ont pu s’aviser que Tintin était accompagné du capitaine Haddock ...

Je me suis longtemps demandé ce que pouvait impliquer cette cynique "conclusion" de Walter (*), apparaissant (sans être nommé) dans "Coke en Stock", assurément missionné par les autorités de Wadesdah (c’est-à-dire, on le comprendra plus tard, par Müller - devenu Mull Pacha - lequel a assurément été averti par Dawson entendant "prendre des mesures" à l’égard de Tintin "revenu fourrer son nez dans mes affaires" - CES, 15-I-4 -), et confiant la mallette infernale à un "homme de main" arabe …

(*) intermédiaire de Rastapopoulos, il revient dans "Vol 714 pour Sydney". Spalding lui téléphone à deux reprises (VPS, 1-IV-2 et 6-II et III) puis on le voit ensuite guettant à la jumelle (VPS, 7-IV-2 et 3) l'embarquement de Carreidas et reconnaissant alors Tintin ...

A l'explosion finale du DC3 qui, grâce au "providentiel" incendie, a (heureusement !) atterri en catastrophe, les pilotes se disent : "Normalement, à cette heure-ci, nous aurions dû survoler le Djebel ... Tu te rends compte si l'explosion s'était produite en plein vol ! ... " (CES, 20-III-2) … Un peu plus loin, nous apprenons, de la bouche d'Oliveira da Figueira, que l'Emir s'est réfugié "dans le Djebel" (CES, 24-II-3) chez Patrash Pach (allusion aux "Cigares du Pharaon") ...

Se "rendre compte" de "quoi" ..., une explosion du fait d'une machine infernale produisant, à première vue, les mêmes "effets" qu’un heurt contre un massif montagneux (signification du vocable arabe "djebel") qui, apparaissant dans l’album être d’un accès très difficile, exclut du même coup toute "enquête" internationale ?!!! En outre, à quelle fin se rapporte cette si manifeste préméditation horaire du bandit précisément au-dessus de ce "Djebel Kadheïh" ? L'explosion de la machine infernale, entraînant la destruction du DC3 et la mort de ses passagers, était-elle "programmée" de manière à avoir lieu précisément là où l'Emir et les "farouches guerriers" de Patrash Pacha se trouvaient retranchés et assurément suffisamment nantis de moyens militaires pour répondre à toute agression terrestre ou ... aérienne ? Faut-il dès lors estimer que cet attentat, débarrassant Dawson et Rastapopoulos de Tintin et Haddock, se doublait d'une volonté de Müller et Bab el Ehr de déconsidérer la cause de l'Emir aux yeux de l'opinion mondiale ... ? Soit, "faire d'une pierre deux coups" ... !!!

Si tel est le cas, Hergé ANTICIPE de dizaines d'années et de manière GENIALE certains faits de même inspiration ... Tout particulièrement :

1° la destruction du Vol 103 Pan Am au-dessus de Lockerbie, le 21 décembre 1988, une machine infernale ayant été introduite dans l'avion, attentat dont "ON" a longtemps accusé la Libye de Kadhafi (les "preuves" auraient été "fabriquées" par la CIA) mais dont il semble de plus en plus qu'elle serait en fait d'origine iranienne ou palestinienne ;
2° la destruction du MH 17 au-dessus du Donbass, le 17 juillet 2014, apparemment du fait du tir d'un missile sol-air "Buk-M1" de fabrication anciennement soviétique (ou … d’un missile air-air R-60) ... Tir tellement "providentiel" dans le cadre de la guerre civile opposant russophones sécessionnistes du Donbass et forces ukrainiennes que, quelques minutes à peine après le drame (souvenons-nous en !) et sans la MOINDRE preuve, il a AUSSITÔT servi de prétexte à la ... "communauté internationale" (Etats-Unis et Ukraine kiévienne en tête) pour DIABOLISER tous ensembles les "terroristes" du Donbass, la Russie et Vladimir Poutine, suscitant dans la quasi unanimité des médias une HYSTERIE anti russe toujours pas rapportée !!! Les fameuses "sanctions" ont suivi, VIOLANT les lois du Commerce international et profitant depuis aux Etats-Unis lors qu'elles ruinent l'Europe ... "Cherche à qui le crime profite" assure l'adage policier ... C'est plus que jamais le cas en cette occurrence ..;
3° tout dernièrement, le 31 octobre 2015, la destruction de l'avion russe au-dessus du Sinaï, de même origine que celui du Vol 103 Pan Am, revendiqué par DAECH ...

Hergé a peut-être été "inspiré" à l'époque de la composition de l'album (comme déjà très probablement s’agissant du détournement de l'avion syldave par la chasse bordure dans "L'Affaire Tournesol") par la destruction du vol N 402 EI AI, le 27 juillet 1955, abattu non loin de la ville de Petrich en Bulgarie par deux avions de chasse bulgares ...
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lerossignolmardi 15 septembre 2015 à 12:36
Abdallah est un insupportable petit chenapan dont on aimerait bien plus d'une fois voir quelques bonnes claques s'abattre sur son derrière ! ( Ce dont d'ailleurs le Capitaine ne se prive pas dans "L'or noir") Et pourtant, ce petit diable m'a toujours inspiré de la sympathie voire même de la compassion !
On devine bien vite que déstabilisé par l’absence d'une maman ( est-elle d'ailleurs toujours en vie ?) et un père (qui l'adore bien sincèrement, pour preuve son envoi à Moulinsart pour le mettre en sécurité !) trop occupé par les affaires d'un pays en guerre , il n'ai la possibilité d'attirer l'attention sur lui en additionnant bêtises sur bêtises !
Hergé n'a-t-il pas mis un peu de lui là-dedans ? j'avais lu quelque part qu'il s'était définit lui-même genre enfant...turbulent !
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nicnoldimanche 13 septembre 2015 à 12:38
@jacquesherve : Abdallah arrive tout de même à s'en prendre à Tintin à trois reprises :

1° par le biais du pauvre Milou, ridiculement engoncé dans son bonnet et sa cape au point d'en aboyer lamentablement et même d'en verser des larmes (CES, 4-II-2 et 3 + III-1). En fait, cet accoutrement constitue une provocation (Abdallah était assurément aux aguets) à la base du piège, ce sceau empli d’eau placé en équilibre instable au-dessus de la porte entrouverte du château et destiné à celui qui pousserait ladite porte … Qui en fera les frais … ? Sûrement pas Tintin, distrait à dessein par l’accoutrement de Milou mais, Haddock … conformément à l’humour hergéen … Soit, une authentique préméditation de la part du gamin ;

2° en fourrant un réveil matin préalablement remonté pour sonner "à l'heure" (CES, 12-IV-3 + 13-I et II) ... A ce point même que cette blague compromet l'enquête de Tintin (CES, p. 12 et 13) ... et amènera finalement Dawson, sur la base de son signalement, à l'identifier ... par le biais d'Alcazar (CES, 15-I) ... ce qui entraînera le péril mortel où se trouveront Tintin, Haddock et Milou dans l'avion (CES, p. 15 à 20) ... Admettons cependant que, de tout ceci, Abdallah est indirectement ... "innocemment" responsable et admirons au passage la science scénaristique d'Hergé ;

3° par une agression "directe" (d'espèce enfantine), en l'aspergeant d'eau par le biais de son pistolet (CES, 13-IV-3 + 14-I-1) ... Admirons à nouveau combien, à la suite de l'épisode Dawson, Hergé instaure une menace et fait planer un suspens en CES, 13-IV-3 : le lecteur, ne saura que la semaine suivante ce qu'il en est de cette "menace", QUI est le porteur du revolver et quel est son contenu ...

Remarquons que Hergé accorde néanmoins une "revanche" à Milou : après le "coup du revolver à eau", on le voit, précédant Tintin dans l'allée de Moulinsart, frétillant de son bout de queue, un morceau de tissu noir dans la gueule (CES, 14-I-3) ... Sans doute a-t-il rattrapé l'insolent gamin et rapporte-t-il de sa poursuite un "trophée" bien mérité !!!

Chaque fois que j'en parle, je mesure à quel point le personnage d'Abdallah m'est antipathique (son visage est constamment "négatif") mais je me demande cependant ce que pouvait réellement en penser son créateur : ne fait-il pas dire à Tintin, dans la même vignette CES, 14-I-3 : "Pauvre gosse, dans le fond ! ... Il est trop jeune pour se rendre compte de la gravité de la situation." ? ... Sentiment qui se le partage avec l’expression d’un sadisme précoce du garnement, persécutant (pour ne pas dire plus !) Nestor en CES, 29-II, III et IV … On en voit le résultat en CES, 61-III-2 et 3 !!!
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jacqueshervesamedi 11 juillet 2015 à 21:22
à nicnol : Mais "SI" le malade et le plongeur sont bel et bien une seule et même personne, peut-être faut-il estimer alors que, craignant d'avouer à son chef (officier NAZI en rupture de ban, acharné à envoyer par le fond toute proie qui lui est destinée - conduite prêtée au requin (cfr "Les Dents de la mer") patronyme de son sous-marin et ne semblant manifestement pas enclin à pardonner les échecs), la faillite de sa mission, il contrefasse l'amnésie (son regard, en CES, 58-III-2, inviterait en effet à le penser qui paraît étonnamment "vide") pour s'éviter le châtiment

===> Il est certain que si le plongeur avait avoué l'échec de sa mission il aurait eu de gros ennuis par son chef et il est possible qu'il se soit gardé de le lui dire . On remarquera qu'il fait son devoir à contre coeur quand il dit "Fichu métier" page 57.

Quant à Abdallah on remarquera qu'il cherche plus à embêter le Capitaine Haddock que Tintin !
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nicnoljeudi 25 juin 2015 à 16:07
@jacquesherve : estimer qu'Abdallah puisse éprouver "de sympathie pour le Capitaine Haddock" ... qu'il ait ou non "en mémoire sa réplique culte Mille sabords" me paraît indéfendable !!!

Car c’est mésestimer pleinement l’attitude, toute de méchanceté, qu’il manifeste d'emblée à son égard :

1° le "coup" du sceau, en équilibre instable au-dessus de la porte d'entrée du château (CES, 4-III-2 et 3) ... Soyons certain qu'il devait guetter la rentrée du capitaine puisque Milou, gémissant lamentablement, est envoyé, tel qu'engoncé dans son bonnet et sa cape, pour "neutraliser" Tintin (CES, 4-II-2 et 3) ;
2° la savante préméditation du "cadeau" de "bienvenue" (à l'exemple de l’émir, Haddock tombe alors dans le panneau et susurre un "brave petit cœur, va !" que mouille une larme attendrie - CES, 5-III-2 - ... avant que d'être copieusement "mouillé" par le "coucou" truqué) ;
3° la fléchette tirée sur sa pipe (CES, 6-II-a et b) ;
4° la grimace vengeresse qu’il lui adresse pour le narguer (CES, 6-IV-2), protégé qu'il se sait être par quatre serviteurs !!! Soit, un "classique" raccourci de la LÂCHETE dont font si souvent preuve les gamins de m ... de son espèce ... appelant "à l'aide" leur "papa" ou se réfugiant dans les jupes de leur "maman" !!!

et que "signe", au "final" :

5° la non moins savante préméditation du pétard à retardement glissé la veille (!) dans son fauteuil en guise "d’adieu" à son "cher Milsabor" (CES, 61-IV-1a et 4) !!! A nouveau, Haddock, à la lecture de la lettre truffée de mensonges et de fautes d'orthographe (!), est victime de sa tendance à l'attendrissement :

"Gentil pas ? ... Nestor se sera fait du mauvais sang pour d'innocentes gamineries ..." (CES, 61-IV-3) ...

Lequel Nestor, livré au sadisme du gamin (CES, 29-II et III), y aura perdu au mois dix kilos (CES, 61-III) !!! Et il faut précisément l'explosion du pétard pour que Haddock se rappelle qu'il n'y a décidément RIEN à attendre de bon de "ce gredin" ... de "ce choléra" (CES, 14-II-2) !!!

Combien regrettable le fait qu'outre sa smala, "Hassim, serviteur de Son Altesse Abdallah" (CES, 6-I-1) ait été "opportunément" présent pour empêcher que se renouvelle la mémorable tripotée de "l’Or Noir" ("Toi pas toucher au fils de mon Emir", CES, 5-IV-3) !!! Car on peut s’autoriser à penser que de pareils actes d’autorité, sur le chemin d'un nécessaire (et urgent !) redressement, feraient le plus grand bien à cette authentique "graine de chenapan" (dixit Haddock, CES, 5-II-3) !!!
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nicnoljeudi 25 juin 2015 à 15:25
@inconnu et jacquesherve : s'agissant du plongeur - "poseur de mine", une véritable énigme est inscrite dans le scénario hergéen ... que symbolise l'éventail de points d'interrogation consécutifs à l'explosion du requin (au moins, pour lui, on peut en être certain au vu du texte tel que rédigé : "Une heure plus tard" ... "HIC ... BHROM" (CES, 58-III-3), le dernier "HIC" succédant à une série de "HIC") ... REELLEMENT, le requin explose - pauvre bête ! - !!! Il est vrai que, dans le bestiaire d'Hergé, le requin est au bas de l'échelle négative, ainsi qu'en témoigne ce commentaire de Jean-Marie Apostilidès (in "Les Métamorphoses de Tintin") :

"Dans l'espèce animale, il occupe la même position que les grands criminels dans l'espèce humaine. Hergé créée dans son oeuvre une véritable mythologie du requin comme il en existe une de la pieuvre géante dans les romans de Victor Hugo ou Jules Vernes. Le requin, c'est l'animal dévorateur par excellence. Ses petits yeux, son nez retroussé, sa face sans menton, ses dents acérées le prédisposent à incarner la violence aveugle et la haine. Il apparaît à de nombreuses reprises dans Le Congo, Les Cigares, Le crabe, Le trésor de Rachkam le Rouge et Coke en Stock. Chaque fois, les squales s'attaquent aux innocents comme aux coupables. A la fin de Coke en Stock, on apprend que Rastapopoulos a été dévoré par les requins de la mer Rouge, mais c'est faux : les requins ne se dévorent pas entre eux."

Tout semble attester que, très logiquement, après le coup d'ancre qu'il a encaissé, le malade, gisant sur un lit de blessé et soigné par Kurt, soit VRAIMENT le plongeur ... Mais ... est-ce à ce point certain ... ? C'est que, la perspective offerte par la vignette (CES, 58-III-1) présente une ancre de navire qui semble bien plutôt l'avoir frappé sur le côté DROIT du corps BIEN PLUS qu'à la tête ... En outre, si l'on considère son nez (CES, 57-III-1 et 3), il apparaît particulièrement LONG et MINCE, par rapport à celui du malade (CES, 58-III-2, remarquablement GROS et relativement ÉPATÉ ... A moins que d'estimer qu'il s'agisse là d'une erreur de dessin due à Hergé ...

Mais "SI" le malade et le plongeur sont bel et bien une seule et même personne, peut-être faut-il estimer alors que, craignant d'avouer à son chef (officier NAZI en rupture de ban, acharné à envoyer par le fond toute proie qui lui est destiné - conduite prêtée au requin (cfr "Les Dents de la mer"), patronyme de son sous-marin, et ne semblant manifestement pas enclin à pardonner les échecs), la faillite de sa mission, il contrefasse l'amnésie (son regard, en CES, 58-III-2, inviterait en effet à le penser qui paraît étonnamment "vide") pour s'éviter le châtiment qui était ordinairement réservé aux incapables par les nazis fanatiques : une balle dans la nuque !!! Le choc de l'ancre du "Ramona" aurait alors "bon dos" !!! A moins d'estimer à nouveau, qu'il s'agisse, là aussi, d'une erreur, cette fois scénaristique, d'Hergé ...

J'avoue qu'il est impossible de trancher ...

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nicnoljeudi 18 décembre 2014 à 14:14
Dernièrement, le Figaro, dans l'article en date du 10 décembre courant intitulé "Les aventures de Tintin au pays du politiquement correct" (http://www.lefigaro.fr/vox/culture/2014/12/10/31006-20141210ARTFIG00155-les-aventures-de-tintin-au-pays-du-politiquementcorrect.php#auteur), a fait état des menées violemment anti hergéennes d'un prétendu « Groupe d'intervention contre le racisme » flanqué d'un tout aussi prétendu "Cran" (Conseil représentatif des associations noires de France) condamnant, une fois de plus, "Tintin au Congo". Leurs activistes ont fait irruption à la Fnac des Halles à Paris pour coller sur les albums d'Hergé le sticker de la honte: «Produit toxique, relents racistes. Peut nuire à la santé mentale»… Rien que ça ! ...

Revenant à mon précédent commentaire/développement relatif à l'IMBECILE et INJUSTE assertion de "Hergé raciste", je note que JAMAIS Ô GRAND JAMAIS (à ma connaissance du moins), les Indiens (des Indes), non plus que les Népalais et autres Tibétains ne se sont affligés que Hergé leur ai prêté un langage "petit asiate" dans "Tintin au Tibet" ou "La vallée des Cobras" ...

Cependant, les Hindous auraient pu s'indigner de l'interpellation "ESPECE DE BAYADERE DE CARNAVAL" remplaçant l'originale et savoureuse "ESPECE DE FATMA DE PRISUNIC" (CES, 26-I-1), cette dernière ayant été considérée comme ... "xénophobe" ... lors que le terme "Fatma" se rapporte à la "femme musulmane", le complément du nom "Prisunic" accordant alors à "l'insulte" son côté comique et cependant ... PERTINENT (les Prisunic, lancés en 1931, étaient à l'époque de la composition de l'album une chaîne de magasins populaires et de commerce de proximité) !!!

Remplacement ERRONE en l'espèce, attendu que ladtite interpellation s'adresse à une femme musulmane !!! Car il convient de savoir que "Bayadère" désigne "les devadâsî" ... "littéralement servantes de la divinité - qui, dans l'hindouisme, étaient consacrées au temple dès leur plus jeune âge, considérées comme des épouses de la divinité, surnommées « femmes à jamais favorables » et qui jouissaient de libertés sexuelles auxquelles les autres femmes mariées à un « mortel » n'avaient pas accès" (in Wikipedia). Liberté sexuelle à laquelle ne saurait avoir accès une femme/épouse musulmane sous peine de subir les pires supplices ... conformément à la "loi" islamique de cette religion pourtant réputée être "d'amour et de paix" ... !!!

Manifestement, Asiatiques, Indiens et Hindous (qui, tous, furent pourtant également "colonisés" par les "méchants Occidentaux") sont, EUX, capables de faire abstraction de rancunes périmées et s'élever à une dimension dont nos "hôtes obligés" ... dans le cadre du "multiculturalisme" célébré comme une "chance" par NOS "pontifes" de "pensée" (du genre BHL) et autres guides politiques, se révèlent incapables !!! Et, remarquons-le bien, ces activistes (et leurs protecteurs politiques occidentaux) se gardent bien de mentionner que les TOUT PREMIERS esclavagistes furent non pas les "Blancs" mais ... les Arabes, lesquels agissaient indifféremment à l'égard des Noirs ou ... des Blancs (entre autres moyens, via la piraterie des Barbaresques, en Méditerranée) !!!
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jacqueshervelundi 16 décembre 2013 à 23:48
On appréciera la scène finale mettant en avant de nombreux véhicules d'époque dont la plupart sont recherchés par des collectionneurs !

Si je devais citer des personnages qui me déçoivent je citerai :

Alcazar pour avoir eu une attitude évasive avec nos amis, renvoyant ici une image plus antipathique que dans les deux autres récits où il apparaît (l'attitude à la fin de L'Oreille Cassée est en fait issue d'une vacherie de Mr Chicklets). Heureusement, les Dupondt ont rendu service à nos amis.


Dawson qui avertit les autorités du Khemed au cas où Tintin et le capitaine Haddock s'y rendraient,


L'Emir qui a exigé de l'Arabair à ce que les avions fassent un looping avant d'atterrir pour satisfaire un caprice d'Abdallah...ce qui n'est pas évident avec les avions de ligne ou l'orientation des vents...!


Cependant, ce dernier a des côtés sympathiques car il informe nos amis que le patron de la compagnie aérienne qui n'est autre que Rastapopoulos alias Di Gorgonzola effectue un trafic d'esclaves.

Quant à cet insupportable Abdallah, le jeune prince n'a -t-il pas de sympathie pour le Capitaine Haddock dont il a en mémoire sa réplique culte Mille sabords ?
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nicnolmercredi 11 décembre 2013 à 13:09
Je reproduis ci-après l'intégralité de mon intervention dans le dossier intitulé "De l'insulte ... souriante à l'injure délictueuse puisqu'il concerne le présent album "Coke en Stock" :

S'agissant des "insultes" du Capitaine Haddock, il en est une, SAVOUREUSE, qui hélas, TROIS FOIS hélas, a disparu de l'album "Coke en Stock", Hergé s'étant fait (une fois de plus) accuser de ... "racisme" ...

En page 50 de l'album, le Capitaine Haddock essaye de convaincre les Noirs voués à être vendus comme esclaves par la nébuleuse mise en place par Rastapopoulos de renoncer à leur voyage de pèlerinage à La Mecque .. Il se heurte à un mur d'incompréhension béate ... Rien à faire : les "pauvres Noirs" n'en démordent pas et "veulent aller à la Mecque" ... Dès lors, exaspéré (on le serait à moins), Haddock lance en guise de péroraison à son discours le fameux :

"BOUGRES DE ZOUAVES A LA NOIX DE COCO" !!!

C'en est trop pour les Inquisiteurs de la bienséance "humaniste" !!! Dans la réédition de 1967, Hergé remplacera le langage "petit nègre" par un idiome analogique aux traductions des romans américains, certains lettres étant éludées ... Seul Haddock continue à parler petit nègre (ce qui, soit dit en passant, offre un savoureux contrepoint) ... Quant à l'apocope finale, Hergé s'auto censure et la remplace par le on ne peut plus MEDIOCRE :

"Bougres d'ectoplasmes à roulettes" ...

Voilà où mène la stupidité ... Car, bien entendu, conformément au prononcé du "jugement" d'espèce manichéen des diverses "associations" (SOS Racisme, MRAX, LICRA et Cie) ... les "racistes" sont forcément les BLANCS !!! Pourtant, s'il est un album où on ne saurait accuser Tintin (DONC, Hergé) de "racisme", c'est bien "Coke en Stock" !!! Ne constitue-t-il pas une protestation contre l'esclavage ?!!! Etonnons-nous qu'en notre époque "multiculturelle" (à sens unique), les musulmans et autres islamistes djihadistes n'ont pas encore EXIGE le retrait de "Coke en Stock" en tant que les Arabes sont présentés comme indifférents au sort des Africains - l'émir Ben Kalish Ezab - où dénoncés en tant que "trafiquants de chair humaines" ... A l'exemple d'un certain qui, naguère, s'est efforcé de faire prononcer la CENSURE de "Tintin au Congo" ...

Ce que ces "Inquisiteurs" se refusent à admettre en l'occurrence c'est l'essence même de la bande dessinée qui étend le spectre de sa technique jusqu'à la CARICATURE !!! Convenons à cet égard que les "Blancs" ne sont pas épargnés !!! Outre l'accentuation du principe caricatural (les savants en prennent souvent pour leur grade et QUE DIRE de la surdité de Tournesol, prétexte à un comique à base de savants quiproquos), faisons le compte des "méchants" des albums de Tintin ... A part le sorcier Muganga, Mitsuhirato, Omar Ben Salaad et le Sheik Bab el Ehr, PRATIQUEMENT TOUS sont des Blancs !!! Si nous étions aussi obtus que d'aucuns, nous serions dès lors habilité à considérer Hergé comme ... un raciste à l'égard de sa propre race !!!
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nicnolvendredi 15 novembre 2013 à 18:21
Un des MEILLEURS albums d'Hergé !!! Album bilan (comme l'était déjà "Les Sept boules de cristal") au cours duquel réapparaissent maints personnages "éparpillés" en plusieurs albums antérieurs. Pas moins de huit sont en effet convoqués, témoignant de la richesse de la "cosmologie" tintinienne !!! D'aucuns, cependant, ont assuré que la synthèse dont fait état cette articulation complexe entre les divers personnages de l'univers tintinien était un échec, que le quantitatif l'emportait sur le qualitatif, que l'intrigue était confuse (ce qu'accuse le titre même de l'album - "Coke en stock" - ne se référant qu'à un seul maillon de celle-ci - le trafic d'esclaves -), que la présentation de ses éléments essentiels en le récit de l'émir Ben Kalish Ezab, qu'émaille le savoureux épisode de la "compétition" entre le guépard et Milou (pauvre guépard, écrasé en pensée par un Milou "tout en muscles" - CES, 31-III-1 - et qui se fut rassuré à la vue dudit Milou tremblant de tous ses membres mais qui se vengera aux dépens d'un espion de Bab el Ehr introduit dans le camp de l'Emir) était trop tardive et que la meilleure preuve de cet échec se concentrait en cette antépénultième page accumulant en vrac les diverses manchettes de journaux faisant état de sa résolution ... procédé cependant récurrent dans les "Codas" hergéennes !!!

Ce foisonnement de protagonistes constitue en fait un kaléidoscope participant pleinement à une intrigue embrassant la globalité du "Monde" extérieur face à l'univers privé d'un Tintin déjà retiré à Moulinsart et les opposant ... C'est encore Jean-Marie Apostolidès qui définit le mieux ce dont il est question dans cette cosmologie tintinienne :

"Qui plus est, il (l'auteur) perçoit ici son oeuvre comme une totalité et il intègre, au cours d'une même histoire, les principaux témoins du passé de Tintin, créant des liaisons entre des êtres ou des univers considérés naguère séparément. Seulement, ce n'est plus Tintin qui est le centre du monde, c'est Rastapopoulos. Le héros au contraire se trouve balloté d'un groupe à l'autre, exclu, et il doit forcer les portes de l'univers social pour qu'on l'y accepte d'une façon marginale. Rastapopoulos étend ses relations à la planète entière, et il est devenu l'incarnation même de l'échange. C'est ainsi qu'il engage Dawson et le Dr Müller, qu'il fréquente la Castafiore, qu'il aide aussi bien Alcazar dans sa lutte contre Tapioca que Bab El Ehr dans sa rébellion contre l'émir Ben Kalish Ezab. Une telle confusion met un terme au manichéisme du début, ou plutôt transforme l'opposition du Bien et du Mal en une nouvelle, celle de l'univers privé et de l'univers public. Incapable de juger un monde aussi complexe, Tintin préfère s'en tenir loin ; il traverse cette aventure comme un voyageur sans bagage, ne faisant que de brèves rencontres avec des êtres que naguère il côtoyait longuement."

D'un côté, à la SEULE exception du Senhor Oliveira, des "bons" qui n'ont de "bon" que l'apparence (c'est la grande différence avec l'univers primitif de Tintin, cette différence faisant état de ce réalisme qui deviendra de plus en plus "doux-amer", pessimiste, de Hergé) :

a) l'Emir Ben Kalish Ezab et son fils Abdallah pour qui TOUT doit servir à leur "bon plaisir" : la rupture avec l'Arabair (dont résultera l'alliance de cette dernière avec le Sheik Bab El Ehr) résulte du refus de satisfaire un énième caprice - et quel caprice ! - de ce gamin de m ... !!! Significatif le fait que l'Emir ait conclu le contrat avec l'Arabair en toute connaissance de cause du trafic d'esclaves ... ce dont fait état son aveu devant Tintin de la menace brandie d'une révélation à la face du Monde dudit trafic et le "Euh ... Oui ...", témoignant à la fois de son indifférence première et de son embarras bien vite éludé par la continuation du récit ... avec un serviteur (?) noir pour témoin indirect (CES, p. 30) ;
b) Alcazar, mentant effrontément à Tintin (leurs relations ont d'ailleurs toujours été marquée du sceau de l'accident - voir "L'Oreille cassée" -, Tintin, idéaliste en dehors de son siècle, ne pouvant embrasser le cynisme politique du personnage ... parce que "politique", justement) ... Elle est loin la sympathie qui émanait du personnage dans "Les 7 Boules de Cristal" ... ;
c) la Castafiore, type même du personnage "public" par le fait même de sa vocation de cantatrice, compromise cette fois (l'ignorance la rachète) avec le Mal ... A ce point même qu'après le colonel Sponz qu'elle a superbement berné dans "L'Affaire Tournesol" (elle en subira l'effet boomerang dans "Les Picaros" !), on apprendra (dans "Les Bijoux de la Castafiore") que les journaux l'ont fiancée à di Gorgonzola/Rastapopoulos (soit au Diable - il est déguisé en Méphisto -). Encore un peu de temps et on la retrouvera plus gravement enlisée dans la glaucité sordide de "l'Alph Art" ... ;

De l'autre, les méchants VRAIMENT méchants, insérés dans la hiérarchie à rebours présidée par Rastapopoulos dont c'est le "grand retour" !!! En dépit d'un "passé plutôt chargé" (CES, 36-III-1), il a réintégré une "gentry" d'êtres vains et stériles : aristos, bourgeois en cols blancs (dont on peut se demander s'ils sont aussi immaculés qu'ils paraissent être), "vedettes", tous fascinés par son "charme" méphistophélique et par le luxe dont il fait complaisamment étalage (la page 36 de l'album démontre à suffisance à quel point Hergé méprisait ce monde "bling-bling" de vanités et de fausses apparences et combien il avait raison de le mépriser). Incarnation du capitalisme ouest européen tel que résultant de la suprématie étatsunienne aux sortirs de la seconde guerre mondiale, trafiquant d'armes aussi bien que de drogue, de pétrole que d'esclaves, propriétaire de firmes cinématographiques et de compagnies aériennes ou maritimes, "canaille internationale" (CES, 31-IV-2) échangeant de la vie ou de la mort avec la même indifférence, il contrôle directement ou indirectement un Monde interlope dont il agite les ficelles et dont font partie, chacun agissant à la fois pour lui que pour son compte propre :

a) Dawson, EX Ripou échappé de la Concession Internationale de Shanghaï, type achevé du SALOPARD en col blanc et cravate, "honoré" dans les hôtels "chics" de la capitale belge, il préside aux "destinées" d'un juteux trafic de vieux matériel de guerre dont la clientèle diversifiée se le partage entre le Sheik Bab El Ehr entendant en finir avec SON ennemi intime, l'Emir Ben Kalish Ezab, et/ou Alcazar, faisant de même s'agissant du général Tapioca. C'est à partir de lui et dudit trafic que va se développer progressivement l'intrigue, en un crescendo dramatique dévoilant la POURRITURE du Monde extérieur à Tintin. Sous son commandement direct agissent divers "pêcheurs en eaux trouble" et malfrats ;
b) Müller, alias "Mull Pacha", ayant - HELAS ! - perdu de son charisme (pourtant TRES supérieur, malgré les apparences, à celui de Rastapopoulos) en tant que n'exerçant que des fonctions de chef d'Etat major du Sheik Bab El Ehr (se continue de la sorte "Tintin au pays de l'Or noir"). Indirectement en relation avec Dawson puisque averti de la présence de Tintin et de Haddock au Khemmed, il les fait activement rechercher puis envoie à leurs trousses sa flotte de Mosquitos ... en commettant ce faisant une gaffe monumentale en l'énoncé de ses ordres, occasion de comique hergéen ;
c) Allan Thompson, type achevé du malfrat-mercenaire, commandant d'un des bâtiments du commerce d'esclaves Noirs mis au point par Rastapopoulos (pour qui tout ce qui rapporte est bon à prendre), en relation avec les négriers du port de Djeddah tel le "maquignon" arabe vendant involontairement la mèche du code du trafic au capitaine Haddock (CES, p. 48 et 49) ;

Entre ces pseudo "bons" et les authentiques méchants, un nouveau venu, le pilote Szut, mercenaire au service de Mull Pacha/Müller, le SEUL qui basculera dans le camp des VRAIMENT BONS : celui de Tintin avec qui il partage la "qualité" de solitaire ... On le retrouvera dans "Vol 714 pour Sydney" ... toujours BON mais à nouveau au service d'un INFECT individu accidentellement "bon" lors qu'il est aussi POURRI dans son genre que Rastapopoulos : le milliardaire Carréidas) ;

A la fin, en forme de clin d'oeil, Séraphin Lampion, toujours maître casse-pied, symbolisant l'intrusion, dans une forme "innocente", des valeurs pourries du Monde dégradé dans l'univers intime de Tintin.

"Coke en stock" amplifie à mon sens le PESSIMISME encore "souriant" du Hergé de l'après guerre (mais d'un sourire déjà crispé), entrevu pour la première fois dans "l'Affaire Tournesol", et qui ne fera que s'amplifier dans "Vol 714 pour Sydney", "Tintin et les Picaros" et "L'Alph Art" ... Seuls albums épargnés : "Tintin au Tibet" (le CHEF d'OEUVRE ABSOLU d'Hergé !) et , dans une moindre mesure, "Les Bijoux de la Castafiore" (cette "Symphonie Domestique" hergéenne) ... PARCE QUE célébrant les valeurs supérieures de l'univers privé, intime de Tintin ...
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