Tintin, la Lune, une intuition géniale

Dossier ~ lundi 1 juillet 2019

Une vision qui prend une forme artistique est toujours une création, mais une création de l’esprit n’est pas toujours…visionnaire !

Hergé ne s’est jamais époumoné pour crier sur tous les toits qu’Il aurait eu une vision… en imaginant les aventures lunaires de Tintin ! Une intuition certainement, beaucoup de travail assurément, mais, par-dessus tout, la volonté de faire vivre un rêve aux lecteurs, en compagnie de son personnage vedette !

Le diptyque sur la Lune, plus que tous les autres albums de la série, amène le lecteur à imaginer, à faire travailler son imagination et le plonge dans un univers inconnu. Il figure au premier rang pour observer ce tour de « magie » scripturaire qui le transporte loin dans l’avenir, dans un autre monde du possible. En bref, l’esprit visionnaire d’Hergé a contribué à propulser des millions de passionnés de Tintin sur la Lune !

© Hergé-Moulinsart 2019

Revêtir le rôle d’astronaute (ou selon la partie du monde envisagée, de cosmonaute) ou encore de voyageur de l’espace, demande à Tintin et ses compagnons une bonne dose de courage à une époque où personne n’avait encore osé une telle aventure.

Trois ans entre l’idée et la parution dans le journal Tintin

L’idée d’une nouvelle aventure de Tintin, qui trottait dans la tête d’Hergé depuis près de trois ans, se matérialise dans le journal Tintin belge le 30 mars 1950.

© Hergé-Moulinsart 2019

Elle a pour titre : On a marché sur la Lune. Tintin et Haddock se rendent en Syldavie pour rejoindre leur ami le professeur Tournesol, loin d’imaginer qu’un lieu bien plus éloigné de Moulinsart les attend par la suite.

Dans cette histoire mêlant science et suspense de façon admirable, subtilement ponctuée de gags typiquement hergéens, le dessinateur ne manque pas, une fois encore, d’instruire et d’amuser les jeunes de 7 à 77 ans fidèles au journal Tintin.

© Hergé-Moulinsart 2019

De cette prépublication dans le célèbre magazine, deux albums couleurs verront le jour par la suite : Objectif Lune en 1953, suivi un an plus tard de On a marché sur la Lune.

Prédire l’avenir ? sans doute, mais…

… pour Hergé, ce qui comptait plus que tout, c’était la volonté d’anticiper sur les évolutions rapides de son environnement en maîtrisant, si possible, les notions de technologies en rapport avec le sujet. Pour y parvenir, le dessinateur s’informe et se documente au mieux.

© Hergé-Moulinsart 2019

Ici, point de superstition ou de boules de cristal, mais au contraire une œuvre de création basée sur l’art de savoir et sur les fondements de la dérivation ( méthode inductive / versus méthode intuitive). L’hypothèse qui en résulte, c’est qu’aller sur la Lune, était pour Hergé, une hypothèse réaliste. Elle lui fournissait surtout un sujet romanesque et exaltant de premier ordre. Le lecteur ne pouvait qu’adhérer à cette quête de la Lune, « objet absolu de conquête ».

La Lune… réduite à un « objet de conquête » (et de fantasme) ? Oui, mais « objet-but » élevé au rang de moteur romanesque : aller toujours plus loin et donner l’envie au lecteur de se dépasser.

Seule, la vision est insuffisante… !

Elle doit être accompagnée d’une bonne dose de persévérance, de volonté et de travail.

© Hergé-Moulinsart 2019

Le chantier lunaire était si ambitieux que la création des Studios Hergé (1950) s’est imposée à l’époque pour une répartition rationnelle des tâches. On ne se lance pas dans une telle aventure sans prendre certaines dispositions organisationnelles. Pas de place à l’improvisation ! Un bon visionnaire planifie son projet de manière à mettre l’idée sur le bon chemin, afin d’atteindre le but… ici, celui de marcher pour la première fois sur la Lune ! De la « vision » (idée) à la première concrétisation, il aura donc fallu trois années.

Cette quête de l’impossible (« tension dramatique ») ou du possible (vision de ce qui peut arriver) est pour Hergé au cœur de la création et de l’exploration artistique.

Au même moment, chose étrange, le père de Tintin entre tout doucement dans une phase de doute et de crise. Un certain mal-être s’empare de lui, combattu alors en faisant voyager son héros dans les profondeurs de l’espace. Une démarche qui trahit ce besoin de mener une quête pour soi-même… sans pour autant oublier le plaisir des lecteurs. Pour preuve, cette découverte par le périscope de la fusée lunaire de la terre vue d'en haut : une affirmation capitale de l’existence, pierre de touche sur laquelle repose l’expression artistique.

© Hergé-Moulinsart 2019

Silence, on flotte…

Hergé, ou le génie expérimental qui transcende les frontières du connu, en recourant à toutes les techniques cinématographiques (découpage, les plans de tout genre, cliffhangers, ellipses, caméra subjective, etc.. ;) transporte le « spectateur » dans un voyage presque sensoriel, sans limite, un périple rendu possible par un simple coup de crayon ! Magistral.

Ah ! ce moment fameux où l’obscurité du cosmos l’emporte sur le jour terrien, avec les manœuvres de Haddock et de Tintin flottant en apesanteur, au bout d’un cordon sinueux. Une séquence qui rompt avec la gravitation… de la lecture !

© Hergé-Moulinsart 2019

Pour se replonger dans la première version de l'aventure telle qu'elle est parue dans le journal Tintin.

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